« Je suis celui-là »: de la chenille au papillon

Leslie Brown est un ancien politicien américain qui fut sénateur de l’état de l’Ohio pendant six ans puis coach en motivation personnelle. Cet Afro-américain, né dans un immeuble abandonné d’une banlieue populaire de Miami, adopté avec son frère jumeau par une mère célibataire, était considéré comme « mentalement attardé » par ses professeurs et placé au collège dans une classe adaptée aux élèves en difficultés. Il raconte son histoire particulièrement touchante dans l’un de ces discours (Leslie Brown: « I am the one », https://www.youtube.com/watch?v=7KddzlGwB4k): « Je me souviens d’un de mes professeurs, M. Leroy Washington, qui enseignait aux élèves des classes « normales » et qui m’a demandé un jour d’entrer dans son bureau alors que j’étais assis dans le couloir à ne rien faire. « Je veux que tu recopies ce texte au tableau » me dit-il. « Je ne peux pas le faire » lui ai-je répondu. « Pourquoi cela ? » « Parce que je ne suis pas l’un de vos élèves… Et parce que je suis mentalement attardé », lui ai-je expliqué en employant la terminologie avec laquelle le système éducatif m’avait défini. Il s’est alors levé de son bureau, s’est approché de moi et en me toisant avec gravité : « Ne dis plus jamais cela. L’opinion qu’une personne a de toi ne doit jamais devenir ta réalité ». Et les paroles de cet homme ont commencé à agir comme des graines plantées dans mon esprit. J’ai commencé à travailler sur mes rêves. Ce n’est pas ce que font la plupart des gens ; ils ne sentent pas qu’ils en valent la peine, ils ne comprennent pas à quel point ils peuvent choisir leur futur. Un peu plus tard, nous étions en Juin, à quelques jours de la fin de l’année scolaire, et je venais juste de recevoir mon bulletin de notes. Désastreux. Il indiquait que j’avais échoué en Histoire, et que j’avais aussi échoué en Anglais, et que j’allais devoir suivre des cours de soutien pendant l’été. A l’intérieur de moi-même, je voyais tout mon être comme un échec ; j’étais intellectuellement plus lent que les autres, j’avais une image très négative de moi-même. M. Leroy Washington faisait un discours à destination des élèves plus âgés ce jour-là, et je me suis retrouvé dans l’assistance. En l’écoutant depuis le fond de la salle, j’avais les larmes aux yeux : « Je veux que vous sachiez que vous avez de la grandeur en vous » expliquait-il. «  Si un seul d’entre vous peut prendre conscience au fond de lui-même de ce que cela signifie, que vous avez la responsabilité de manifester cette grandeur autour de vous, que vous pouvez rendre vos parents fiers de vous, que vous êtes capables de toucher la vie d’un grand nombre de personnes autour de vous simplement par qui vous êtes… Si vous êtes celui-là, alors j’aurais pleinement joué mon rôle d’enseignant ». Il continua ainsi et, une fois son discours achevé, je me suis précipité à sa rencontre. « M. Washington… Vous vous souvenez de moi ?  Je suis celui qui trainait dans le couloir l’autre jour et à qui vous avez demandé d’entrer dans votre bureau. Je voulais vous dire que je … Je suis celui-là… ».

Leslie Brown était extrêmement motivé pour vivre le futur de ses rêves, mais par-dessus tout, il était convaincu de pouvoir écrire lui-même ce futur. « Je savais que ce ne serait pas facile », ajoute-t-il. « Alors que je voulais monter mon affaire et devenir coach professionnel, que je répétais sans cesse aux autres qu’ils devaient vivre à tout prix leur rêve, mais que je dormais moi-même par terre dans mon bureau nuit après nuit : c’était dur ! Mais je ne pouvais pas imaginer une seule seconde construire autre chose que l’avenir que j’avais décidé pour moi ». La suite de sa carrière est à la mesure de ce qu’il avait imaginé et décidé d’écrire pour sa propre vie : animateur radio réputé, auteur, entrepreneur, coach animant des séminaires de plusieurs milliers de personnes, sénateur des Etats-Unis… Pas mal pour celui qui fut aux yeux des autres un enfant mentalement attardé, mais qui a refusé de laisser ce regard imposer son avenir, et a fait le choix d’imaginer ce qu’il allait – et non simplement ce qu’il pourrait – devenir.

Autre exemple célèbre de personnage sur laquelle peu aurait parié, mais qui a décidé d’un autre avenir pour lui-même, celui d’Albert Einstein. Si la légende de l’enfant attardé est semble-t-il dans son cas largement fabriquée, il n’en reste pas moins que le jeune Einstein ne témoignait pas de prédispositions particulières pour les performances intellectuelles: incapable de parler avant l’âge de trois ans et refusant de communiquer avec les autres enfants, ses premiers résultats scolaires le classaient parmi les élèves « dont on ne tirera jamais rien de bon ». De même que Leslie Brown, le jeune Einstein aurait pu laisser son entourage, parents et professeurs, définir son avenir sur la base de leurs propres références et préjugés, et se croire réellement retardé comme l’affirmaient à son égard ceux qui savent. Mais la découverte des mathématiques et sa passion pour la physique lui ont permis d’exploiter véritablement son mode de pensée si particulier: Albert Einstein visualisait les concepts abstraits qu’il manipulait dans sa tête plus qu’il ne raisonnait au sens classique du terme. A la question de savoir comment lui était venue l’idée de la Théorie de la Relativité, il racontait notamment qu’enfant « il s’imaginait chevaucher un rayon lumineux dans l’espace et se demandait alors comment lui apparaitrait le monde ». Einstein voyait le monde différemment des autres, et c’est peut-être cela qui rendait son comportement d’enfant particulier, voire étrange. Mais c’est en écoutant sa passion plutôt que les recommandations soi-disant avisées des autres qu’il a pu véritablement exploiter ce qui était un mode de pensée original et non une marque de retard mental. C’est à sa vision non-conformiste du monde, qui le poussait à concevoir la réalité différemment, que l’on doit des découvertes scientifiques révolutionnaires. « Ce que l’on appelle le bon sens est en fait l’ensemble des idées reçues qu’on nous a inculquées jusqu’à dix-huit ans » aimait-il à dire.


Publié par Alain Orsot

Découvrir nos moteurs et comprendre nos freins pour se construire. Auteur de "Reprendre sa vie en main", "En finir avec la crainte de changer", "Les trois clés des bâtisseurs"

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