De la survie à la construction de soi

La capacité à construire n’est pas le propre de l’homme. On retrouve dans la nature pléthore d’exemples d’animaux qui se comportent en véritables bâtisseurs. Mais l’analyse de leurs comportements et des raisons qui les poussent à construire montre que c’est poussés par l’instinct de survie et de reproduction que ces animaux se comportent en constructeurs avisés. Ainsi le nid sert il à protéger l’animal et sa descendance, la toile d’araignée à le nourrir, et même la parade nuptiale (que l’on peut considérer comme une œuvre de construction immatérielle) à déclencher le processus qui mènera à la reproduction. Seul l’homme construit pour des raisons autres que vitales. Lui seul a le choix de ce qu’il va construire (une abeille ne construira rien d’autre qu’une ruche). Et lui seul peut contempler son œuvre et y prendre plaisir.

Le psychologue Abraham Maslow a défini dans « A Theory of Human Motivation » publié en 1943 sa fameuse « pyramide » illustrant les besoins humains sous la forme d’une hiérarchie à cinq niveaux. Selon sa théorie, chaque individu cherche d’abord à satisfaire le niveau inférieur avant de penser aux besoins situés juste au-dessus. Maslow a ainsi classé les besoins humains de la manière suivante :

  • En bas de la pyramide, les besoins physiologiques (se nourrir) qui garantissent la survie physique à court-terme de l’individu,
  • Puis le besoin de sécurité (se vêtir, se loger) qui garantissent sa survie à plus long-terme,
  • Le besoin d’appartenance (être accepté par les autres, intégré dans un groupe),
  • Le besoin d’estime (être reconnu par les autres mais aussi par soi),
  • Et enfin, au somment de la hiérarchie, le besoin d’accomplissement et d’idéal, qui lorsqu’il est comblé permet l’épanouissement personnel et la réalisation de soi.

Si ce modèle a le mérite de positionner le besoin de construire notre idéal au somment de la chaine des besoins individuels, il sous-entend que l’ensemble des autres besoins doivent être satisfaits avant que l’individu n’envisage ce dernier niveau, ce qui semble restrictif et souvent peu conforme à la réalité. L’exemple du facteur Ferdinand Cheval, le bâtisseur de cet impressionnant palais réalisé à partir de pierres ramassées les unes après les autres lors de ses tournées, en est une bonne illustration : peu sociable, objet de moqueries de la part de ceux qui l’entourait, Ferdinand Cheval a pourtant construit ce qui représentait pour lui son idéal, poussant même l’accomplissement jusqu’à construire son propre tombeau afin de ne laisser à personne d’autre le pouvoir de décider de la manière dont il serait enterré. Il s’est ainsi focalisé sur le « dernier niveau » de la pyramide sans semble-t-il se soucier de répondre à ses besoins d’appartenance et d’estime des autres.

Il est clair toutefois que les besoins répondent à une hiérarchie, même si les niveaux inférieurs ne constituent pas nécessairement un prérequis pour atteindre la strate située juste au-dessus. Bien évidemment, et malheureusement, se nourrir, se vêtir ou se loger représentent toujours de véritables défis pour un grand nombre de personnes dans le monde, mais il parait possible de répondre à ces besoins de façon relativement immédiate (distribution de nourriture ou de vêtements, hébergement dans des centres pour nécessiteux, etc.) et d’une manière similaire quels que soient les individus. Il en est différemment des besoins d’appartenance, d’estime ou d’accomplissement qui nécessitent un travail de construction sur la durée pour être comblés : que ce soit dans la construction de notre vie relationnelle et affective, de notre personnalité, ou de tout autre projet d’envergure, on ne se réalise généralement pas en quelques heures… Et c’est dans ces projets que chacun va se différencier de son voisin et se réaliser réellement de façon individuelle : ma vie relationnelle, ma personnalité ou ma carrière professionnelle sont spécifiques à qui je suis et me permettent de m’identifier en tant que « moi ».

Bien au-delà de la simple satisfaction qu’il procure, l’acte de construire correspond donc à un réel besoin chez chacun d’entre nous. Quel que soit ce que nous décidons de construire, une résidence, une entreprise, une carrière professionnelle ou une vie affective, nous considérons cette construction comme une projection de nous-même, nécessaire à notre épanouissement et au fait de nous sentir pleinement vivant. « Survivre c’est mourir », écrivait Michel Tournier, « Il faut patiemment et sans relâche construire, organiser, ordonner ».


« Palais Idéal » du Facteur Cheval

Publié par Alain Orsot

Découvrir nos moteurs et comprendre nos freins pour se construire. Auteur de "Reprendre sa vie en main", "En finir avec la crainte de changer", "Les trois clés des bâtisseurs"

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