Dessine-moi un cheval ou le point commun entre Stallone, De Gaulle et Harry Potter

Un empereur chinois propose au plus talentueux de ses calligraphes de lui offrir son royaume en échange du plus beau dessin de cheval. Le monarque donne dix ans à l’artiste pour réussir. La décennie écoulée, le calligraphe est convoqué par l’empereur qui exige que lui soit dévoilé le chef-d’œuvre. Saisissant alors un crayon et une feuille de parchemin, notre homme s’exécute puis présente son travail. « Comment ? », s’emporte l’empereur, « Je t’ai donné dix ans pour réaliser ce travail, avec mon royaume à la clé, et toi tu te contentes de l’effectuer devant moi en trois minutes ! ». Le calligraphe emmène alors le souverain dans son atelier, et l’empereur découvre les milliers d’épreuves sur lesquelles l’artiste a travaillé jour après jour pendant toutes ces années, perfectionnant à chaque fois son ouvrage jusqu’à le maîtriser à la perfection.

Connaître le succès du jour au lendemain… Beaucoup en rêvent, s’appuyant en références sur des exemples de personnalités ayant connu une ascension fulgurante, souvent après des années de vaches maigres…  Ainsi l’histoire de l’acteur Sylvester Stallone qui en 1975, incapable de payer son loyer alors que son épouse attend leur premier enfant et qu’il ne dispose que de 106$ sur son compte en banque, décide de s’atteler à la rédaction du script d’un film inspiré d’un combat de boxe qu’il vient de suivre devant sa télévision. Au bout de vingt-quatre heures d’écriture sans interruption, le manuscrit de « Rocky » est achevé. Le film remporte un Academy Award en 1976 et lance véritablement la carrière de l’acteur. Dans un registre similaire, c’est aussi l’histoire de l’écrivain JK Rowling, l’auteur des multiples « Harry Potter », jeune mère célibataire luttant elle aussi pour payer son loyer, puis devenue la femme la plus riche du Royaume-Uni après le succès de la saga du jeune sorcier. Ou encore, dans un répertoire plus historique, l’exemple d’un de Gaulle passant en quelques jours du statut d’officier quasiment inconnu du public à celui de chef de la France Libre.

Pourtant, aucun de ces exemples ne s’est retrouvé par surprise dans sa nouvelle situation et il suffit bien souvent d’examiner la personnalité et les actes passés de ces individus pour comprendre à quel point ils avaient eux-mêmes semés les circonstances de leur future réussite. «  L’idée que le succès soit possible du jour au lendemain est fallacieuse » écrivait Mark Twain. « Il est toujours précédé d’une bonne dose de préparation. Demandez à n’importe quelle personne qui a réussi comment elle en est arrivée là, et elle aura toute une histoire à raconter ».

Un coup d’œil sur l’adolescence de Charles de Gaulle et sur ses premières années dans l’armée montre indiscutablement un homme au tempérament opiniâtre qui n’a jamais semblé douter de lui-même et s’imaginait très tôt jouer un rôle majeur pour le pays. Ce « Général de Gaulle qui sauve la France », comme il l’évoque dans une nouvelle écrite à l’âge de quinze ans, c’est bien le même homme qui s’évade cinq fois d’un camp de prisonniers lors de la Première Guerre Mondiale, multiplie la rédaction d’ouvrages stratégiques pour décrire sa vision d’une armée moderne et efficace, proposant – sans être alors entendu – des solutions concrètes pour éviter une défaite en cas de nouveau conflit… Bref, de Gaulle était préparé mentalement à prendre la place que l’Histoire allait lui confier, même si la finalité de cette préparation ne lui serait connue que bien plus tard.

Cette disposition mentale, JK Rowling l’a aussi démontrée lorsque, chaque matin avant d’aller travailler, elle mettait un point d’honneur à rédiger quelques pages de ce qui allait devenir l’un des romans de la saga « Harry Potter », donnant chaque jour un peu plus vie à ses personnages et persévérant pour faire publier le premier ouvrage malgré le refus d’une dizaine d’éditeurs successifs. Là encore, JK Rowling n’imaginait certainement pas que le fruit de son ambition allait prendre la forme de sept volumes au succès planétaire et passer d’une première édition de mille exemplaires en 1997 à un record de ventes dépassant les quatre-cent millions dix ans plus tard.

Quant à Sylvester Stallone, que l’on raille parfois en confondant peut-être un peu vite sa personnalité et son personnage de films, lui aussi a fait preuve d’une assurance impressionnante pour mener à bien son projet, assurance que peu aurait démontré dans sa situation, mais qui était alimentée par un désir ardent de concrétiser son aspiration d’être un acteur reconnu. Pendant des mois, Stallone a ainsi contacté producteurs après producteurs pour tenter de vendre son script, en vain. Lorsque l’un d’entre eux finit par accepter de porter son récit à l’écran, la future star exigea d’interpréter elle-même le premier rôle, préférant décliner une offre de 100.000 $ plutôt que de renoncer à son ambition de devenir un véritable acteur : Sylvester Stallone connaissait sa valeur, il serait acteur ou rien… Le producteur insista à plusieurs reprises, faisant grimper l’offre jusqu’à 400.000 $. Nouveau refus de Stallone – malgré sa situation financière plus que précaire – qui ne pouvait imaginer voir son film porté à l’écran sans en incarner lui-même le personnage principal. On finit par lui proposer 25.000 $ pour le rôle, une somme jugée raisonnable au regard du risque pris en confiant le personnage de « Rocky » à un acteur sorti de nulle part… La suite est connue, et le pari pris par l’acteur comme par le producteur s’est révélé largement gagnant.

Tous ces exemples ont été préparés à accueillir le succès, par un état d’esprit, une résolution construite et acquise au fil des années. Cette construction intérieure a peut-être été largement involontaire  – par le rôle de l’éducation ou d’autres influences extérieures  – ou bien activement recherchée, elle n’en donne pas moins aux individus concernés une musculature mentale qui leur permet de voir dans les événements une occasion de concrétiser leur idéal. Charles de Gaulle a fait face à un défi personnel colossal en Juin 1940 (« Je m’apparaissais à moi-même, seul et démuni de tout, comme un homme au bord de l’océan qu’il prétendrait traverser à la nage » reconnaitra-t-il dans ses mémoires) ; il était pourtant l’un des rares à avoir la préparation mentale pour voir au-delà de ce qui paraissait sans espoir et identifier dans ces évènements tragiques un appel à prendre la place qui était la sienne.

Texte extrait de mon livre « Les trois clés des bâtisseurs »

Publié par Alain Orsot

Découvrir nos moteurs et comprendre nos freins pour se construire. Auteur de "Reprendre sa vie en main", "En finir avec la crainte de changer", "Les trois clés des bâtisseurs"

8 commentaires sur « Dessine-moi un cheval ou le point commun entre Stallone, De Gaulle et Harry Potter »

    1. Merci, je trouve que cette notion de « point de bascule » est très appropriée : il existe en effet un moment, parfois soudain, où la « chose en potentiel » (qui peut l’être depuis des années) devient réalité, et chacun de nous est acteur pour faire advenir ce point de bascule.
      Très bonne journée.

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  1. Bonjour Alain, c’est un article qui m’a passionné, , on croit quand on voit la réussite des personnes que cela s’est fait « d’un coup de cuillère à pot » disait ma grand-mère, et bien non il faut du courage, de l’opiniatreté pour arriver à ce que l’on veut. Alors bravo à ces hommes et cette femme , le succès ils ne l’avaient certes pas prédit aussi fulgurant, je pense surtout aux « Harry Potter », des exemples à suivre. Bon après-midi Amicalement MTH

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    1. Merci Marie pour votre commentaire. Il faut parfois en effet des années de « persistance », à surmonter les doutes de ne pas voir nos efforts se concrétiser, jusqu’au moment où, « on ne sait trop comment », le contexte change et notre aspiration prend corps.

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  2. Bonjour. Les exemples que vous citez, auxquels peuvent s’ajouter facilement tous ceux que nous connaissons à portée de nos vies, confirment ce que vous écrivez. D’après mes lectures, mais aussi selon mon expérience personnelle, cette immense puissance naît de « l’intention », une sorte d’intuition mentale parfois inconsciente, dont on ne dévie pas quels que soient les obstacles rencontrés. Il est notamment démontré que « l’intention » est plus puissante que la « volonté » en termes de réalisations. Et que l’intention est un moyen de modifier le sens de la flèche du temps, qui irait non pas du passé vers le futur (sens de la volonté), mais du futur vers le présent (c’est le sens de l’intention).

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  3. Un article tellement à point waouh fabuleux! Voici la phrase que je retiens qui résonne énormément avec la période que je traverse actuellement : « ils avaient eux-mêmes semés les circonstances de leur future réussite…» Je suis contente de me réveiller enfin après avoir marché la tête baissée toutes ces années, je vais maintenant aller me procurer ce fameux livre pour en savoir plus.. je suis le maître de ma destinée et décide de prendre ma vie en main aujourd’hui, merci!

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