De ma pierre à MA cathédrale : que suis-je en train de construire ?

L’histoire des tailleurs de pierres illustre la capacité (ou l’incapacité) des individus à avancer dans leur quotidien en s’appuyant sur un fil conducteur qui leur donne enthousiasme et raison d’être. Trois personnages sont occupés à casser de gros blocs de pierre. Alors qu’un passant les interroge sur ce qu’ils réalisent, le premier répond « Je taille des pierres, les unes après les autres » ; le second avance « Je construis un mur » ; le dernier se lève et affirme « J’édifie une cathédrale ». L’occupation quotidienne de ces trois ouvriers est a priori identique ; ce qui les distingue est la présence ou non d’un projet de vie, d’un lien qui unit chacune de leurs journées autour d’un objectif. Le premier ouvrier ne se projette pas dans l’avenir ; cela ne l’empêche peut-être pas de trouver de la satisfaction dans son quotidien, le fait de bien faire ce qu’on lui demande pouvant à lui seul remplir un besoin de reconnaissance. Le second a quant à lui la vision que son travail quotidien n’est pas une fin en soi mais qu’il s’inscrit dans un objectif plus large (il ne fait pas que « casser des cailloux »). Mais seul le troisième ouvrier considère chaque journée comme une étape vers la réalisation d’un but noble ; la satisfaction qu’il éprouve chaque soir est celle d’avoir réellement fait un pas de plus dans la construction d’un ouvrage ambitieux. Oui, le soin qu’il a apporté à tailler chaque pierre peut le rendre fier de son travail ; oui le mur qui sera édifié avec ces pierres constituera une première étape dans l’objectif qu’il s’était fixé ; mais c’est bien l’édification de la cathédrale qui porte son enthousiasme jour après jour.

Si chaque jour est un éternel recommencement, comme le vit probablement le premier tailleur de pierres, il est difficile d’empêcher l’ennui de s’installer. Dans le film « Un jour sans fin » réalisé par Harold Ramis en 1993, le présentateur météo Phil Connors (incarné par Bill Murray) se réveille un matin en constatant que la journée qui commence est l’exacte réplique de la journée précédente. Et chaque matin, c’est la même journée qui revient, encore et encore. D’abord enthousiaste à l’idée qu’il puisse tirer profit pour lui-même de la connaissance qu’il a des événements qui vont se produire pendant la journée, il réalise peu à peu la frustration de rester bloqué dans le présent et de ne pouvoir « vivre un nouveau lendemain ». Ce n’est qu’en cherchant activement à construire « la journée parfaite », tournée vers l’amélioration de lui-même et le soutien à son entourage, qu’il parvient à échapper à cet éternel recommencement et à enfin se réveiller au début d’une nouvelle journée.

Ainsi, c’est le sentiment de construire quelque chose de durable qui donne véritablement sens à chacune de nos journées et l’impression de ne pas tourner en rond. C’est, je crois, ce « besoin de construire », profondément ancré dans chacun d’entre nous, qui nécessite d’être alimenté au quotidien pour donner un véritable sens à notre existence. Chacun de nous, sans exception, a une cathédrale à construire…

Publié par Alain Orsot

Découvrir nos moteurs et comprendre nos freins pour se construire. Auteur de "Reprendre sa vie en main", "En finir avec la crainte de changer", "Les trois clés des bâtisseurs"

4 commentaires sur « De ma pierre à MA cathédrale : que suis-je en train de construire ? »

  1. oui c’est vrai ! Sénèque disait : « Tandis qu’on essaie de savoir comment vivre, la vie passe » Si la petite histoire racontée ici est tout à fait juste, il reste quand même à savoir ce que nous construisons….Et ce n’est pas un « petit détail » !

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    1. Tout à fait ! Une question à laquelle, je le crois, chacun d’entre nous doit apporter sa propre réponse, éminemment personnelle. Ce questionnement ne constitue-t-il pas d’ailleurs la première pierre à tailler puis à poser dans l’édification de notre cathédrale ?

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  2. J’adore vos articles pour la réflexion qu’ils m’apportent… Étant tout juste une jeune adulte, il me semble y avoir tant de choses que je souhaite construire ! Mais je préfère voir cela comme une chance, car contrairement à certaines personnes qui n’ont pas la moindre idée de la construction dans laquelle ils voudraient se lancer, je fourmille d’idées… Le plus dur, à mon niveau, c’est donc de ne pas s’éparpiller 😉
    Sinon, très belle métaphore ! On oublie souvent la « big picture » comme disent les anglais.

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    1. Merci Lucie, content que les articles suscitent la réflexion ! L’essentiel est que le désir de construire soit entretenu vers une cible suffisamment stimulante pour donner un sens à notre vie. Même si cela doit prendre beaucoup de temps et nous faire passer par des chemins (très) détournés ! Notre « cathédrale » est personnelle, aucun autre individu ne peut juger à notre place de sa pertinence, de sa grandeur ou du temps qu’il a fallu pour la construire 🙂

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